En réponse à une croissance atone en zone euro, la BCE devrait poursuivre son cycle d’assouplissement monétaire, alors que l’inflation se rapproche de son niveau cible. Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, la Réserve Fédérale pourrait marquer une pause ce mois-ci et ne reprendre ses baisses de taux qu’au second semestre.

Par Maxime Mura, Gérant Taux et Crédit Investment Grade chez Swiss Life Asset Managers France

Lors de la prochaine réunion de son Conseil des gouverneurs le jeudi 5 juin, la Banque centrale européenne (BCE) devrait, sans surprise, confirmer une baisse de 25 points de base de ses taux directeurs, portant ainsi le taux de facilité de dépôt à 2,0%. Deux baisses supplémentaires sont anticipées d’ici fin 2025, avec un taux terminal estimé à 1,5% selon nos prévisions, contre1,75% pour le consensus.

Les tensions commerciales liées aux négociations en cours concernant les droits de douane appliqués par les Etats-Unis envers les importations européennes continuent d’alimenter les préoccupations sur l’économie européenne. Néanmoins, ce climat incertain renforce la pertinence d’une stratégie de desserrement  monétaire de la BCE alors que la désinflation se poursuit en zone euro. L’inflation, attendue à 2,1% en 2025 (selon Swiss Life Asset Managers), se rapproche de son niveau cible de 2%.

La Commission européenne a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour 2025, anticipant désormais 0,9% pour la zone euro contre une prévision de 1,3% établie précédemment. En revanche, les effets conjugués des baisses des taux et des mesures de soutien budgétaire en Allemagne devraient soutenir
une reprise en 2026, avec une prévision de croissance de Bruxelles de 1,4% en zone euro.

Selon nos prévisions, la croissance allemande devrait se limiter à 0,2% cette année, suivie d’un rebond à 1,2% l’an prochain. La France pourrait également tabler sur une croissance de 1,2% en 2026, contre 0,7% en 2025.

Quant à la Réserve Fédérale américaine, les incertitudes actuelles autour des droits de douane compliquent la politique de Jerome Powell. Face à ce manque de visibilité, la Fed pourrait être tentée de faire une pause lors de la prochaine réunion du FOMC, prévue les 17 et 18 juin, et reporter à juillet son programme de baisses alors que l’inflation devrait commencer à ralentir qu’à partir du second semestre.

Et sur les marchés obligataires ?

Nous pensons que les taux longs devraient reprendre le chemin de la baisse à long terme, soutenant ainsi les prix des obligations souveraines. Sur le compartiment des obligations d’entreprises, nous privilégions le segment Investment Grade sur les maturités courtes avec une approche prudente vis-à-vis des titres High Yield. Dans ce contexte d’incertitude et de forte volatilité, les opportunités subsistent, à condition de se montrer particulièrement sélectifs dans le choix des émetteurs.